Bertrand Dorny
 
Gravures


La technique de Dorny est singulière et n’a rien à envier à l’ampleur de la gestuelle picturale ni au dégrossissage des formes d’un bas-relief. Quand nous pensons aux techniques traditionnelles de l’eau-forte et du burin, nous imaginons des centaines de lignes, mouchetures et hachures résultant de l’incision du métal par la pointe ou le burin. Le faire unique de Dorny produit un relief par des moyens tout à fait différents. Ce relief résulte de l’utilisation de plaques séparées et découpées et en jouant sur leurs interstices. Chaque forme a sa texture et sa couleur. Ce sont les formes évidées dans les plaques qui, en passant sous la presse, marquent le papier de leur empreinte…
- Robert Herbert, Dorny, vingt ans de gravure, 1987

Dorny aime à insister sur le coté sensuel de la gravure. Le travail manuel, artisanal, ce coté façonnier de la gravure lui apport physiquement un très grand plaisir. Ne parle-t-on pas, dans le métier, de langes, de pénétration, de papier amoureux qui épouse le cuivre, de main qui caresse la plaque ? Sensuel er narcissique est l’art de la gravure. Travailler sur une plaque de zinc »poli miroir » c’est affronter le face à face avec soi-même, combattre avec sa propre image, son visage reflété sur la plaque…
- Marie-Cécile Meissner, « Dorny gravure, itinéraire », Bertrand Dorny, l’homme papier   BnF, 2003

Quand le peintre-graveur entame le métal par la scie et l’acide, lorsque  par ces découpes et par ces corrosions il fait venir aux yeux les fulgurances de la couleur, nous découvrons que la vivacité des teintes nous fait passer sur la face inverse du noir.
L’encre écrase le papier sous le poids de la presse. Voici le noir qui apparait, égal à soi en tous les points de son étendue, aussi intense en ses extrémités qu’en son mitan.
Le noir, alors, est une pensée de l’espace infini sous les espèces concrètes de ses variations nulles. Et pour l’œil désireux de vastes étendues, il est emblème de dimensions et d’excès.
Les couleurs s’interpellent par le travers des étendues du noir, étales, comme les grave Bertrand Dorny. Venant des quatre horizons, elles s’y répondent entre elles…
- Marc Le Bot, « Pour Bertrand Dorny », Préface, catalogue de la Galerie de Luxembourg, Grand-duché, SAGA, Paris, 1992

Dimanche 23 Avril 2017