Bertrand Dorny
 
Livres


Dorny a le papier dans le sang et c’est en connaisseur qu’il le choisit pour sa texture, sa couleur, pour ce qu’il véhicule d’images, de souvenirs, et grâce à son sens de la découpe, du pliage et de l’assemblage, il revisite le monde. Cette entreprise de recyclage du papier, il la met au service du livre, dès lors entièrement fait main, où il convoque toujours les poètes, mais d’une autre manière. En premier lieux, il agit et n’attend rien d’eux. Il ne se contente pas de fournir de simples images ou encore la maquette du livre à venir mais il offre d’emblée l’objet fini qu’il propose à celui ou à ceux qu’il a choisis…

- Marie-Françoise Quignard, « Les livres, ce chemin qui mènent à l’autre », Bertrand Dorny, l’homme papier, BnF, 2003


Dans un temps où les réalités tremblaient et où les pensées vacillaient, Dorny s’est engagé à accomplir, à ne pas se contenter du vide : ce fut des collages, des livres et des livres encore. Inexorablement… Comme la mer qui revient. Comme le vent qui réveille. Des livres dans l’évidence d’une stabilité qui serait l’autre face de l’éphémère, dans la profusion du frisson, dans la reconnaissance du déjeté et d’une autre vision de la lumière.

- Yves Peyré, « Révélation par le livre », Les mots dans les feuilles, Bibliotheca Wittockiana, 2006


Que fait Bertrand ? Il fait un beau-livret avec un poème. La quadrature plane n’est plus sa mesure. Ou—si c’est bien toujours la question, puisqu’à la fin il s’agit d’enclore de quatre angles droits une ribambelle qui part dans tous les sens du sens — c’est une quadrature volumineuse : il nous met en boite … Il appelle ça un livre. C’en est le format, un peu aggravé ; c’est la tourne, c’est le dépli des replis : un dépliant. C’est son instrument de lecture, une liseuse élégante. Le poème ou le texte qu’on lui tend, il le lit lettre à lettre, il l’épelle. Il a inventé le ralenti de la lecture, une lanterne magique.

- Michel Deguy, « Au beau fixe », Bertrand Dorny-Anne Walker :Déploiements, Espace du livre d’artiste, Lucinge 2011


Prince des ciseaux sinueux
caressant à rebrousse-poil
les chevelures des histoires
tu nous ouvres l’embarcadère
vers le paradis des indices

- Michel Butor,  « Ballade du flâneur organiste, pour Bertrand Dorny », Le musée manipulé, Galerie Thessa Herold 1999

Lundi 23 Octobre 2017