Bertrand Dorny
 
Bois flottés


Tout cela se passe d’abord par une caresse des yeux sur l’arrondi, le plissé, l’anguleux, puis s’enrichit d’un relevé des détails : une targette, un bout de rame, un morceau d’aubier, un bout de fer boulonné quelques vieux clous du bleu écaillé, du rouge, un reste de bastingage, une mortaise, u peu de vert délavé… Ces détails font signe vers une main, qui les façonna pour une autre, avant qu’ils ne soient cassés, ballottés, jetés par la mer et cueillis par une troisième main…

L’altérité est aussi présente que l’anonymat dans ces débris devenus œuvre par un acte de rassemblement, qui a le courage de ne pas les marquer afin qu’ils demeurent porteurs non d’une histoire et d’une signature, mais d’une émotion révélatrice.

- Bernard Noël, « Le Chemin des yeux » ; Dorny blois flottés, Galeries Erval et Arlette Gimaray, 1987


Alors, voilà la première chose qui me plait dans les bois flottés de Bertrand Dorny, c’est cela : cette mise en forme du désastre. Sans vouloir être trop phraseur, ou philosophe à bon compte, je dirais volontiers que tout art revient à cela : faire du beau à partir du désastre. Exprimer la part d’harmonie que recèle le chaos. Ses marquèteries d’épaves, ce sont des compositions serrées nées de l’épars, de l’organisé surgi du désordre.

- Olivier Rolin, Wreck, Musée de Morlaix, 2000

Jeudi 29 Juin 2017